Amélie (2014):

     En cours de français où nous devions écrire une rédaction mon esprit vagabonda, loin de la photographie qui devait servir de support à ma rédaction. Ma pensée s’éloigna de tout devoir… de tout… et se perdit à l’horizon.
  Je regarde, au loin, le vent caresser les arbres. Je suis dans mon monde.

Je repense à Katniss, l’héroïne du livre que je suis en train de lire.       J’aspire à reprendre ma lecture interrompue pour connaître la suite de son aventure. Ma main perçoit le volume du roman que je transporte, obstinément,  dans les couloirs, en équilibre instable, à bout de bras, au bout de mon univers… mon oeil n’a nul besoin de mon regard pour me me le figurer. Il suit le reflet de mon âme…


       Katniss, dans ma tête, court dans les bois… Elle s’assoit sous l’auvent de sa cabane du district 12…

   Mais elle n’a pas sa tenue de chasse…Elle est en short et en tenue d’été. Je n’arrive pas à détourner le regard du sien. J’ai l’impression qu’elle m’invite à la rejoindre. Je l’entends murmurer « Bonjour. Tu es perdue ?» sa voix est douce et mélodieuse.

       Je me lève de ma chaise, traverse la classe et ouvre la fenêtre. Je sens les regards de mes camarades sur moi. Je me libère de quelqu’un qui m’agrippe le bras;  je le repousse avec difficulté comme si mes forces me quittaient. Je tends la main vers la jeune femme assise et souriante.
Éblouissement.
  Je remarque enfin que sur le sable chaud, le soleil tape dur… pourtant à travers la fenêtre de la classe, il y avait des nuages, j’en suis certaine…Je ne suis plus sûre de rien.

  Soudain la jeune femme aux yeux bleus me remarque. Ses cheveux sont courts, d’un beau blond. Elle est perplexe, comme si je venais d’apparaître sous ses yeux.

  Je regarde autour de moi, croyant voir mes camarades de classe ainsi que mon professeur. Mais il n’y a personne… En ce lieu que je ne connais pas…
Il me rappelle Nouméa. Ma mère et moi regardons de temps en temps les photos de sa jeunesse dans cette île…
  Ma mère ?… Soudain je crois reconnaître le jeune femme….non ce n’est pas possible. Mon imagination me joue des tours : ma grand-mère maternelle est morte à ma naissance. Maman me l’a montrée sur les photographies.

  La belle jeune femme semble gênée parce que je la dévisage alors je détourne le regard, autant que je le puis. Je pense avoir retrouvé mes forces. J’entends des pas et les yeux bleus de la jeune femme apparaissent auprès de moi. Elle me sourit et suggère que j’ai dû connaître un début d’insolation.

  Elle me propose d’entrer chez elle pour me désaltérer et me pose des questions que je n’entends pas toutes. Je comprends que je l’intrigue et qu’elle m’offre l’hospitalité quelques instants. Je la remercie de sa générosité et discute avec elle.

  Maintenant je sais que c’est ma grand-mère et le caractère inespéré de cette circonstance gonfle mon cœur de bonheur:  j’ai enfin la possibilité de la connaître… alors j’en profite. J’apprends que ma mère, qui a mon âge ici, est à l’école et je comprends donc je ne pourrai pas la rencontrer.

  Nous faisons connaissances, ma mamie et moi. J’apprends beaucoup de détails sur elle et sur ma mère parce qu’elle doit me trouver sympathique. Je sens que je l’intrigue. C’est principalement elle qui parle; moi j’écoute.

  Pour la remercier, je l’accompagne, avec sa permission, pendant qu’elle accomplit ses tâches ménagères et je m’occupe volontiers des deux animaux. Discuter avec ma grand-mère est agréable.

  J’aperçois des livres sur une étagère, des classiques en harmonie avec mes goûts en littérature.

  Je lui parle d’Hunger Games mais à cette époque-là ce livre n’est pas encore connu. Je m’invente donc une origine étrangère, ce qui n’est pas faux, dans un sens.

  Je commence donc à lui expliquer les aventures de Katniss Everdeen. Au début, je réponds à ses questions mais ma passion me pousse à me replonger dans l’intrigue unique de cette série haletante. Mon interlocutrice ne n’interrompt plus  mon monologue que rarement  mais je n’y prête guère attention. Sa voix se fait de moins en moins distincte. Pour mieux rendre compte de la personnalité de l’héroïne de mon livre, je ferme les yeux.
Je veux courir avec Katniss et me retourne pour encourager ma mamie à venir avec nous et sous mes yeux, grand ouverts, la classe est là…

  Un cri de surprise m’échappa. J’étais revenue dans la classe, tous leurs regards étaient braqués sur moi. L’oeil noir  de mon professeur lançait des éclairs de colère mal retenue.

  Je fus punie  d’une heure de retenue pour avoir résumé Hunger Games au lieu de composer l’histoire suggérée par la photographie de ma grand-mère. Pendant mon heure de punition, j’ai rédigé mon aventure, j’ai raconté tout ce qui m’est arrivé lors de cette journée ,qui a  été la plus belle journée de ma vie, même si mes parents m’ont prise pour une folle lorsque je le leur ai  dit.

  Mais un détail me trouble : parfois sur la photographie qui trône sur la commode, je vois exactement le même sourire que celui qui reste gravé dans ma « boîte à souvenirs ».. et il s’élargit, plein de tendresse et d’amour. Désormais, grâce à cette photographie posée dans ma chambre, j’entre dans l’avenir du pas élastique et sûr de la chasseresse fidèle.

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