Changement de point de vue de Marine:

      Françoise raconta sa triste histoire aux enfants du village.
      « Mon père était le maire du village. Grâce à son travail au moulin du village, il était devenu riche mais il réparait toujours la vieille roue à aube avec tout ce qu’il trouvait et quand les habitants du village lui disait de la changer, il répondait; «  une jeune roue ne connaîtrait pas aussi bien le travail 
      Il me manque tant.
      Dominique, mon défunt fiancé, m’inspirait un amour infini. A l’époque je l’avais rencontré alors qu’il était allongé dans un champ au lieu de travailler. Il avait la réputation d’être paresseux et quand mon père apprit que nous voulions nous fiancer, sur le coup, il ne nous donna pas sa bénédiction… mais avec toute la bonté qui le caractérisait, il rencontra mon amoureux, parla longuement avec lui et accepta l’idée de notre union puis annonça nos fiançailles.
      Le mariage fut fixé pour la fête de Saint Louis, le 25 août.
      Des rumeurs de la guerre contre les Prussiens parvenaient déjà à nos oreilles. On disait que les ennemis se rapprochaient de Rocreuse… mais nous nous bercions d’illusions en croyant que cela ne nous concernerait pas de près, puisque Dominique était Belge, immigré et donc pas mobilisable.
      Et juste la veille de notre mariage, les soldats français furent là, suivis de près par les Prussiens. Le capitaine français avait choisi le moulin comme place-forte et papa ne put rien faire. Alors commença un très long combat.
      Les Français finirent par abandonner les lieux d’où Dominique tirait tant qu’il pouvait pour éloigner le danger de moi. Il était toujours très attentif à ce qu’il pouvait m’arriver.
      Les Allemands prirent donc la place et d’après leur loi, toute personne qui n’appartenait pas à l’armée régulière et qui utilisait une arme devait être exécutée.
      Cependant leur commandant comprit que Dominique connaissait très bien la forêt. Il sut que bien connaître les alentours serait un avantage pour la prise d’autres villages et il réclama sa collaboration à mon fiancé qui la refusa aussitôt. J’étais horrifiée par ce danger qui le pressait.
      Les Prussiens le menacèrent de l’exécuter sur le champ mais il tint bon et on l’emprisonna pour tenter de le faire change d’avis.
      Je mis à profit ce délai pour, avec toute la puissance de conviction dont je fus capable au prix d’un mensonge, convaincre l’homme que j’aimais de s’évader.
      Mais malheur à moi car les Allemands prirent alors mon père en otage afin de faire pression sur moi et de m’obliger à ramener mon amoureux.
      Je le cherchai sans conviction mais je finis par le trouver. Oh, je ne lui dis rien de ce qu’il se passait réellement , affirmant que je voulais juste le voir, être sûre qu’il ne fût pas mort. Je le quittai sur la promesse de lui faire signe en cas de besoin.
      Par je ne sais quel malheur, quelqu’un le prévint et je le vis se présenter au village pour prendre la place de mon père et refuser encore de collaborer.
      J’entendis bien arriver les Français et m’en réjouis quand mais les Prussiens me tuèrent mon amour, mon seul, mon unique amour… de douze balles dans la poitrine. J’étais anéantie.
      Quand pendant la bataille qui détruisit tout, mon père fut tué par une balle perdue… je crus ne pas pouvoir survivre.
      Les Français avaient gagné la bataille et moi j’avais perdu mes seules raisons de vivre. Mon âme est à l’image de notre moulin… dévastée.»

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