Changement de point de vue de Pauline:

      Quelques années après la capitulation avec la Prusse, Françoise se confia à une amie :
      « Je me rappelle les faits comme si c’était hier. Le jour où j’ai vu Dominique pour la première fois… quand nos regards se sont croisés, j’ai vu comment il m’a souri… Si tu savais! Ce fut magique!
       A l’époque mon père était le maire de notre village de Rocreuse. Le meunier fortuné avait gagné de la notoriété mais il était toujours aussi simple dans son comportement. Nous habitions donc toujours au moulin, au centre du village.
      Quand nous sommes tombés amoureux, Dominique et moi, mon aimé vint demander ma main à mon père et je le revois encore faire son entrée dans la cour.
       Papa le connaissait de réputation et il mit du temps à accepter mon amour pour Dominique que les gens désignaient comme fainéant; alors cet immigré mit un point d’honneur à prouver qu’il valait autant qu’un autre et mon père fut rassuré, si bien qu’il annonça notre mariage pour le jour de la fête de Saint-Louis, le 25 août.
       Mais l’avancée des Prussiens menaça notre village et la veille de notre union, les Français arrivèrent.
       Le capitaine transforma notre habitation en une place-forte que les Prussiens leur disputèrent longtemps.
      Je voulus rester auprès de mon père et de Dominique, qui n’était pas soldat, puisque étranger, mais qui tirait quand même parce qu’il me défendait et je me sentis en sécurité ainsi.
      Malheureusement les Français ne purent résister et ils nous abandonnèrent.
       Quand les ennemis emmenèrent avec eux mon fiancé pour réclamer sa collaboration, au prétexte qu’il connaissait parfaitement les alentours, je ne compris pas très bien ce qui se passait… Ni même qu’il leur refusât son aide… Mais je réalisai tout pendant la nuit que je passais au-dessus de la pièce où il était emprisonné afin d’y attendre son exécution.
      Dans le silence de la nuit, je le persuadai de fuir et l’aidai à s’échapper.
      Le lendemain, les Prussiens l’apprirent ainsi que la mort d’une sentinelle. Ils s’en prirent à mon père, en lieu et place de mon amour… Et il m’envoyèrent pour le leur ramener.
      Je devais choisir entre les deux hommes de ma vie… mes deux seules raisons de vivre et je partis sans conviction chercher Dominique à qui je tus la situation réelle, lui promettant de faire appel à lui si besoin était.
      Je revins sans lui… mais le hasard fit un autre choix et la rencontre avec le père Bontemps poussa le futur gendre à se livrer pour sauver le futur beau-père… mais « futurs », ils le demeurèrent pour l’éternité, l’un exécuté par les ennemis et l’autre.. par le destin.
       Mon père et Dominique furent donc tués. On m’arracha les morceaux de mon cœur… Il ne me reste personne à aimer.
       J’essaye de penser à autre chose mais je n’y arrive toujours pas. Je me remémore les regards et les sourires qu’on s’échangeait. J’ai sans cesse envie de pleurer…
       Je t’ai confié la partie de ma vie la plus heureuse… et mon malheur surtout. »

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