HDA En Arts, est-ce que citer est une création ou un plagiat? (2012)

Il s’agit donc de comparer comme il est annoncé dans l’article précédent,

  1. l’extrait deLa Pharsale de Lucain, vers 185 à 194 et 201 à 226,

  2. développé par les chapitres XXXI et XXXII de La Vie de César par Suétone

  3. et le tableau  de Richard Westall , The Goddess Roma Appearing to Julius Caesar, peint en 1793.

La formulation de la question qui problématise cette étude dans le cadre de l’Histoire des Arts est le fruit d’une réflexion commune avec mon collègue d’Arts Plastiques M. Roux.

(On ne pourrait pas proposer cette étude comme premières oeuvres étudiées dans le cadre de l’épreuve d’Histoire des Arts puisqu’il ne s’agit pas d’oeuvres du Xxème ou XXIème siècle mais il est facile de faire débuter cette réflexion par l’étude de vidéogrammes du film Gladiator , un film épique américano-britannique de Ridley Scott, sorti en 2000, qui revisite le genre du péplum, et fait largement référence à Spartacus,de Stanley Kubrick sorti en 1960 et adaptant le livre sorti en 1939 de Arthur Koestler (Traduction française en 1945 chez Aimery Somogy. Réédité depuis chez Calman-Levy) ou encore une scène du film Gladiator reprenant sciemment le tableau de Jean-Léon Gérôme , en 1859, Ave Caesar, Morituri te salutant et une oeuvre latine ou grecque parlant des combats de galdiateurs ou de la révolte de Spartacus..)

Donc nous étudions comment Richard Westall a tout d’abord simplement illustré les textes antiques:

westall_Rubicon

  1. Il a bien montré l’allégorie de Rome, cette femme porteuse de couronne ornée des tours, des fortifications de la ville :

« INGENS VISA PATRIAE TREPIDANTIS » , « l’image de la patrie affolée ».

  1. De même il a littéralement placé les:« SIGNA TULIT » / « les enseignes militaires » avec ces aigles (le mot est féminin dans ce contexte), les deux soldats et la troupe des chevaux et des lances.
  2. Westall place les guerriers à droite, du côté du droit tandis que la cité est placée à gauche où elle annonce un futur de guerre, et donc sinistre (jeu de mots sur SINISTRA, signifiant la gauche) mais aussi de bonne FORTUNE puisque la lumière vient du côté où il se rend, écartant les nuages des périls. Et il s’agit alors d’un autre jeu de mots puisque César s’écrie« TE, FORTUNA, SEQUOR. » / « C’est toi, Fortune, que je suis. » et l’on se dit alors que la divinité du tableau fait office de symbole divin syncrétique.
  3. : César a bien ici l’allure martiale du soldat auquel pense Lucain: « ADSUM VICTOR TERRAQUE MARIQUE CAESAR, UBIQUE TUUS… MILES »« Me voici, je suis là, vainqueur sur terre et sur mer, moi César, ton soldat »
  4. Enfin Suétone a certainement aussi joué le rôle d’une muse pour Westall puisqu ‘ «au bord des eaux du  petit Rubicon » / « PARVI RUBICONIS AD UNDAS » , la lune, d’or jaune comme attendue en cet instant de bonne fortune , se reflète en une lune rousse, celle de la folie du moment où le général « fait passer le fleuve sans plus tarder » / « MORAS SOLVIT BELLI PER AMNEM  » car César vient de jouer aux dés, et les deux lunes forment les points d’une face de dé« le dé fut jeté » / « ALEA JACTA EST ».

Il y aurait encore beaucoup à décrire dans ce tableau pour insister sur la fidélité du peintre au texte qui l’a inspiré et pour justifier une pensée critique parlant de plagiat des œuvres artistiques de la littérature qui ont précédé la peinture du tableau….

Et pourtant Richard Westall ne s’est pas contenté d’illustrer les textes , il a créé, fait œuvre nouvelle, œuvre d’artiste, une œuvre unique:

  1. Ainsi il a choisi non pas de montrer la cité tutélaire comme Lucain en parle:« VOLTU MAESTISSIMA…… GEMITU PERMIXTA LOQUI »« le visage accablé de tristesse, de sa tête couronnée de tours, arrachés sur ses épaules nues… gémissements »

Mais il a refusé d’en faire une femme âgée:

« CANOS EFFUGENS VERTIGE CRINES » / « laissant ses cheveux blancs tomber »

Et il ne lui a pas dénudé les épaules:

« NUDISQUE ADSTARE LACERTIS » / « [cheveux] arrachés sur ses épaules nues »

lui faisant porter une sorte de PALLA nouée à la base du cou, sur sa STOLA et il en a fait une divinité plutôt jeune et d’un blanc d’ivoire, comme toutes les statues chryséléphantines de l’Antiquité, qui nous évoquerait plutôt l’apparition mariale dans une grotte de Lourdes, à Bernadette, la petite bergère, qui répétait que « AQUERO/cela », (i.e. l’apparition que d’autres ont appelée la Vierge alors qu’elle-même la présentait comme une jeune ou petite fille, ce qui correspond à une VIRGO en latin ), était illuminé et dans une « belle robe ».

Richard Westall semble plutôt s’être inspiré avec des vêtements féminins d’une teinte dorée ou d’un blanc d’ivoire, de toutes les statues chryséléphantines de l’Antiquité, celle de Zeus comme celle d’Athéna (allez les voir sur Wikipedia).

  1. Et puis c’est au cheval qu’il a donné les caractères dont Lucain avait revêtu son personnage de César, dont il disait:« TUM PERCULIT HORROR MEMBRA DUCIS… LANGUOR IN EXTREMA TENUIT VESTIGIA RIPA. »« Un frisson d’horreur fit tressaillir les membres du chef… un sentiment de faiblesse l’empêchant d’avancer retint ses pas sur le bord du rivage »

Ainsi dans son tableau l’artiste montre une monture terrorisée, au point d’en être presque caricaturale.

(Voici une oeuvre de Beroniki… qui n’est pas décalquée… comme on peut le voir par son aspect maladroit (!) mais dessinée)

étonnementWestallDucq

 

          Il réalise une sorte d’hypallage picturale.

           (Définition de cette figure de style de genre féminin: figure qui consiste à attribuer à certains mots d’une phrase ce qui conviendrait à d’autres « ce marchand accoudé sur son comptoir avide » écrit Victor Hugo, comme on peut le lire sur le site Etudes littéraires )

            Et le rapprochement avec le dessin  de Joseph-François Ducq (à voir sur Catz’art.fr, un site de ENSBA.fr), |Pierre noire, sanguine et craie sur papier beige],  intitulé L’étonnement, cet effarement devient frappant… à moins que l’on pousse jusqu’aux caricatures d’Honoré Daumier.

study-of-a-terrified-woman(Le titre de cette oeuvre de Daumier est:  Etude d’une femme terrorisée)

mais on pourrait aussi faire référence à un photogramme extrait du film Le cuirassé Potemkine en 1925:

photogrammeducuirasséPotemkine1925

            En conclusion, Nous ne pouvons que nous attacher à cette vision du passage du Rubicon par un peintre qui a placé, à mon humble avis, beaucoup de sentiments et, par chance,  un peu d’humour à l’anglaise dans cet exercice de style qui consista à donner à voir un récit classique avec originalité.

         Donc copier n’est pas forcément plagier!

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