La résilience: Rages de Cris Crutcher

En lisant le très beau roman de Cris Crutcher:

Rages,

nous avons  mieux compris le phénomène de la RESILIENCE ( cf la définition très complète de ce mot chez WIKIPEDIA).

A) Un résumé de l’histoire narrée, largement composé par Leslie:

« Beauregard Brewster est un adolescent de 17 ans, passionné par le sport. Il s’entraîne pour participer au triathlon célèbre, le Yukon’s Jack, afin de devenir Iron Man (« homme de fer »).

L’humiliation que lui a fait subir son professeur d’anglais et entraîneur de football, M. Redmond, s’ajoute à l’extrême sévérité de son père pour le pousser à bout, malgré l’aide de son professeur de journalisme, Lionel Serbousek.

Il se confie, dans des lettres qu’il n’envoie jamais, à Larry King, un journaliste dont il apprécie l’émission radiophonique.

Inscrit d’office, à la suite des insultes qu’il a proférées et qui ont motivé son renvoi des cours de Redmond, au groupe de contrôle de la colère animé par M. Nak, il y rencontre des jeunes encore plus malheureux que lui. Ils deviennent  ses amis, les Stoïpartes, et il commence une relation avec Shelly, « future gladiatrice ».

Grâce à leur soutien, il surmonte le harcèlement de ses adversaires sportifs, se distingue dans le triathlon, rencontre Larry King et renoue un dialogue avec son père. »

B) des citations commentées par des élèves de quatrième2 :
(Lisez la suite en cliquant sur le lien ici:

*Leslie nous cite : « Laissons dire les fous », page 75 et commente: « Je trouve cette phrase d’une extrême vérité puisque si nous commencions à prêter attention aux personnes qui nous critiquent par jalousie, nous ne pourrions rien accomplir… Alors le mieux est de les laisser parler et d’avancer car ils nous jugent souvent sans nous connaître vraiment! »

*Jade a réagi en lisant:

1. « Penser qu’il va falloir parler devant un groupe est un déchirement. Et puis quelle que soit la fureur que j’ai accumulée contre mon père, quelque chose en moi cherche à le protéger du monde extérieur. »

« Cette phrase m’émeut particulièrement. Je la comprends. Je pense que chacun a une souffrance en soi et que cette douleur n’appartient qu’à lui-même. Elle est blessante et  les autres ne peuvent pas comprendre à quel point. C’est la raison pour laquelle on veut la cacher, pour se protéger et contenir les émotions qu’elle provoque. »

2. « J’ai placé le billet de cent dollars dans la chaussette qui recouvrait ses mains… dessus. »page 92

« J’ai beaucoup aimé ce livre par certains aspects mais je l’ai aussi détesté par d’autres. Je trouve que Bo n’est pas crédible, qu’il est un personnage paradoxal: est-ce un être en souffrance et révolté ou est-ce un gentil adolescent plein de bons sentiments? Les deux pourraient pourtant s’associer mais les actes de Bo le contredisent. Et c’est également ce qui, d’après moi, brise toute l’émotion du livre et ôte de la crédibilité aux actions. Personne, malheureusement, n’offrirait cent dollars, ou euros, à un mendiant de nos jours. J’ai du mal à y croire car on sent que le geste de Bo est ambigü: il ne fait pas réellement ça pour aider le mendiant. Il le fait pour se racheter une conscience, pour se prouver qu’il n’est pas vraiment comme son père. »

3. « Mais quand vous regardez sous la surface, il y a une autre vérité. » page 142

« Cette phrase est juste. il faut se méfier des apparences. Une personne qui sous tous les aspects semble bonne peut cacher en réalité un besoin de compenser avec le mauvais qui l’habite et vice versa. : quelqu’un qui ne respecte rien et qui est constamment désagréable peut-être en réalité quelqu’un de vraiment bon. Cette phrase est aussi contradictoire avec le livre qui reste assez manichéen; Bo, profondément gentil, n’est méchant parfois que parce que son père est complètement méchant. Le groupe de la colère est composé de personnes uniquement gentilles et son professeur d’anglais est méchant avec tout le monde sans aucune raison. Tout n’est pas si simple, ni tout blanc, ni tout noir, ni avec un sens ou une explication… sinon la vie serait très simple. »

[Là j’ai tout de même rappelé à Jade que les enfants du groupe de la colère avaient accompli des actes de rébellion parfois graves et n’ont pas seulement exprimé de l’impolitesse comme l’a fait Beauregard. Ils ne paraissent donc gentils que pour d’autres adolescents, prêts à tout excuser chez leurs pairs. Et il faut se souvenir du fait que le roman est largement exposé du point de vue de Bo en narration interne dans les lettres destinées à Larry King,  bien qu’il reste des passages en narration omnisciente.

Et puis ce qu’a écrit Jade peut se nuancer si l’on compare cette oeuvre à No et moi de Delphine De Vigan dans laquelle une SDF est reçue dans une famille meurtrie.  Il est alors question de bien plus que d’un don d’argent.]

4. « Monsieur Serbousek est un homo… »page 180

« Et alors? Du moment que deux personnes s’aiment, quelle importance leur sexe peut-il bien avoir? Leur sexualité ne regarde que ces personnes; c’est de l’ordre privé. Son père est encore dans le cliché de l’homophobie et cela a déteint sur Bo. Et en reliant ça à l’actualité, comment peut-on manifester contre le fait que des couples homosexuels adoptent, plutôt que des enfants restent sans aucun parent? »

[Il est inutile que qui que ce soit réponde à  ce dernier commentaire  exprimé par Jade.  Ce blog n’est pas le lieu d’une réflexion à développer sur ce thème. L’intérêt de cet article est de montrer qu’une élève de 4ème a des idées et qu’elle les relie à ses lectures qui font naître en elle une réflexion. ]

5. « Je sais que la plupart d’entre vous ne sauraient pas qui je suis si je ne faisais pas partie du groupe de contrôle de la colère » page 225

« Hudgie est mon personnage préféré. Il est certainement l’un des  plus « abîmés par ce qu’on lui a fait » mais il est aussi le plus touchant. On a toujours le choix de ce que l’on veut faire de sa douleur. »

[Ici je développerais  ce commentaire de Jade en précisant que certaines personnes n’ont malheureusement jamais eu (ou pas encore eu), faute d’y avoir réfléchi ou  faute d’avoir eu les capacités de le faire du fait de leur éducation, des circonstances  ou de leur caractère,  les moyens de ne pas reproduire  ce qu’elles ont subi. Pour penser sereinement et clairement, il faut souvent que le temps ait passé, que la douleur se soit estompée, que la résilience se soit opérée peu ou prou.]

Emiel a prêté attention au texte suivant: « Nous avons perdu la vérité » page 231

« Dans le passé Bo a ressenti la sévérité de son père comme excessive et injuste. Il n’a pas compris pourquoi il était puni ainsi et son père n’a plus été perçu comme un repère. »

[Cette phrase est, en réalité, dite par Shelly  mais le commentaire d’Emiel reste vrai pour cette jeune fille qui a grandi près d’un père alcoolique et d’une mère victime autant que ses enfants.]

Louise s’exprime à propos de:

1. la phrase: « Il y a de quoi se sentir plein de honte mais il n’y a pas de mot pour le dire » page 200

« Je trouve cette remarque adaptée à notre âge et à notre situation car les adolescents vivent souvent des moments où il sont submergés par la honte, la timidité. »

2 et de « … ma colère n’est que le masque de ma peur » page 244

« J’aime cette phrase car elle narre une réalité: lorsqu’on a peur, on décide de se mettre en colère pour ne pas paraître vulnérable. »

* Laura a réalisé, grâce à cette lecture, son propre bonheur:

1. « Mon Dieu! Parfois je hais mon père, tout simplement. »

« Après une dispute entre mon père et moi, il est certain que la situation  me met en rage mais, heureusement pour moi, je ne suis jamais arrivée au stade de le haïr. »

2.« Être assis dans le salon en face de l’arbre de Noël et ouvrir tous ces cadeaux sans toi, ça m’a pratiquement brisé le cœur. »

« J’ai toujours eu la chance de passer Noël avec mes deux parents car ils ne sont pas divorcés mais quand je pense aux enfants qui vivent Noël auprès d’un seul parent ou d’aucun… ça me fait mal au cœur. Cette année j’ai passé le jour de l’an avec des amis, sans mes parents pour la première fois… mais je n’ai pas pu m’empêcher de les appeler et de parler bien dix minutes avec eux. Dans un sens, c’était bien de me retrouver sans eux mais ils m’ont quand même manqué. »

* Anaïs a relevé à la page 97: « Quelle est la valeur de la souffrance? » et ces mots ont suscité la réflexion suivante: « Dans ma vie, je me suis souvent dit que je souffrais, jusqu’au jour où j’ai vu mon oncle souffrir à cause d’une grave maladie. Maintenant je pense qu’on ne peut pas vraiment connaître la valeur de la souffrance tant qu’on n’a pas été percuté par un situation très grave. »

[L’image d’un être humain « percuté » par la douleur d’autrui me paraît une métaphore très adéquate, une formulation très appropriée.]

* Alex n’a pas toujours été du même avis que le narrateur, ainsi à la page 144, il a lu: « Ne minimise pas ta souffrance simplement parce que tu vois un autre cow-boy blessé par balle se vider de son sang » mais il insiste « Eh bien moi, pour me remonter le moral, je pense souvent que des gens sont bien plus malheureux que moi. » et son avis en vaut bien d’autres!

 *Sofia relève les mots: « Même à neuf ans, face à une telle confrontation, je ne pouvais que me refermer complètement. J’ai toujours détesté me sentir petit et désarmé. » page 41 et indique qu’elle a « choisi cette citation car face à un adulte, on est toujours impuissant et on doit obéir sans poser de question. », ce à quoi j’ai répondu que les adolescents  d’aujourd’hui disposent  au contraire de la possibilité de poser des questions, ce dont certains abuseraient volontiers…. mais quand devient-on adolescent… et jusqu’à quel âge?

 *Brandon trouve, à juste titre,  grave qu’il y ait des enfants si malheureux qu’ils puissent en arriver à penser à tuer leur famille, page 141. [Comme cette citation est trop violente, chacun ira la lire dans l’oeuvre de Crutcher.]

 *Aurélie note qu’on lit dans ce roman les mots:  « J’étais prêt à tourner la page mais c’est la page qui ne veut pas se tourner. » et explique « Il y a toujours eu des gens pour m’empêcher de tourner la page. J’en ai voulu à ceux qui se trouvaient déjà sur une autre page alors que je ne parvenais pas à me libérer de celle où je me trouvais. » J’ai alors cru bon de lui rappeler qu’il est plus difficile de se construire à partir de sentiments négatifs.

 *Anthony a relevé dans l’accroche de la quatrième de couverture, les mots placés par l’Editeur:

« Et comment  écouter les autres quand, soi-même on se sent si peu entendu » et s’est exclamé: « Moi aussi je passe beaucoup de temps à écouter tout le monde mais presque personne n’écoute ce que j’ai à dire, moi! »

[Bien entendu je m’astreins personnellement à lui offrir une oreille attentive depuis la lecture de son devoir… même si j’ai rappelé qu’un devoir n’est pas une tribune libre, ni une correspondance, ni un confessionnal.]

* Théo m’a fait sourire quand il m’a prise au mot, pendant l’amélioration de son devoir en cours de soutien. Il avait commenté la phrase de la page 238: « Il lui reste encore à apprendre comment respecter la timidité d’autrui. » par ceci: « J’ai choisi cette phrase parce  qu’il y a beaucoup de gens qui ne respectent pas la timidité des autres. »

Je lui fis remarquer qu’on était là dans la paraphrase et qu’il faudrait développer son propos pour s’en éloigner… devant son air déconfit par le peu de cas que je faisais de son commentaire, j’ai ajouté « Eh bien, exprime l’idée que je te bouscule l’esprit et te force à penser plus! » Il a donc ajouté: « Vous-même, vous m’empêchez de rêver! » et il a obtenu ainsi les deux points qui correspondaient à chaque commentaire de  citation réclamé.

Je ne lui ai pas manifesté la même « générosité » lorsqu’il a ajouté après le relevé de « Alors, comment on fait pour s’empêcher de sortir avec quelqu’un d’autre? » page 120, « Je cite ce passage car, quand on sort avec une fille, ce n’est pas impossible d’en aimer une autre et de laisser tomber la première. » en lui répondant  en classe « Coeur d’artichaut, va!, Don Juan de 4ème 2! », l’occasion d’évoquer le Dom Juan de Molière.

(Cet article n’est pas encore  terminé mais je souhaite déjà montrer à mes élèves que leurs réflexions me paraissent dignes d’être publiées ici. Bien sûr… je leur ai demandé leur accord pour ce faire.)

Publicités

A propos des polygrapheurs

"Linguisticopenseurs artisticoécrivaillons"!
Cet article, publié dans En 4ème, La langue française, Lectures, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s