Carnaval 2017: hommage à Thomas Pesquet, notre spationnaute français

Voici notre cosmonaute français Thomas Pesquet:

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________Il tourne en ce moment au-dessus de nos têtes  en ce début d’année 2017, et sort dans l’espace de temps en temps ( comme le 11 janvier 2017).

________Nous pourrions donc nous déguiser en cosmonautes pour lui rendre hommage. Il faudrait :  une combinaison jetable de peintre achetée à 2,5 Euros en magasin de bricolage et un casque confectionné par nos soins en pâte à papier.

Voyez ci-dessous les premiers travaux  qui furent réalisés…

Car, malheureusement,  la perspective de devoir fabriquer un casque par participant au projet… a découragé les élèves peu bricoleurs! Pourtant au lieu de pâte à papier, nous avions recommandé l’emploi de bandes de papier journal trempées dans de l’eau farinée, matériaux bien plus faciles à utiliser.

Le professeur dut improviser un recyclage de son projet… alors qu’il était en bonne voie ainsi que les deux  dernières photos le démontrent!

Notre respect  et notre  grande admiration pour Thomas Pesquet n’en demeurent pas moins intacts.

(C’est l’intention qui compte!)

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Un auteur de nouvelles contemporain: Christophe Dugave

__________En cours de troisième nous  avons étudié une nouvelle à chute d’ un auteur contemporain, intitulée:

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GRAND FRAIS. que vous pouvez lire sur WELOVEWORDS

__________Un Canadien se réveille, au lendemain d’une énième soirée alcoolisée et cherche sa compagne… 7janv09neigepalier… dans le « grand froid »!

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__________Ce récit nous a particulièrement occupés pendant une semaine  et vraiment intéressés par son style, agréable et efficace.  Cette intrigue moderne  s’inscrit tout à fait…

dans la partie « Dénoncer les travers de la société » des nouveaux programmes de collège.

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__________Si vous avez  envie de lire des textes souvent étonnants, toujours animés par l’humour de l’auteur et si vous appréciez  plus particulièrement les œuvres fondées sur l’humour noir… eh bien allez découvrir Monsieur Christophe  Dugave  directement sur son blog personnel :

LIGNES IMAGINAIRES.

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Programmes 2016, SECUNDUM ANNUM, troisième série de cours: PATRONI et CLIENTES au tribunal

_______Les derniers « métiers » auxquels nous nous sommes intéressés, nous permettant de présenter les liens entre PATRONI et CLIENTES,  sont « avocat » et/ou « témoins de moralité ». Et nous rappelons que les Romains ont créé un code juridique.

Lettres, VI, 33, 1-4 – Pline le jeune à Romanus, [6,33] XXXIII. C- PLINIUS ROMANO SUO S.

« Tollite cuncta » inquit « coeptosque auferte labores! Seu scribis aliquid seu legis,tolli auferri iube et accipe orationem meam ut illa arma diuinam »- num superbius potui? -,re uera ut inter meas pulchram;nam mihi satis est certare mecum.

(2) Est haec pro Attia Viriola, et dignitate personae et exempli raritate et iudicii magnitudine insignis. Nam femina splendide nata, nupta praetorio uiro, exheredata ab octogenario patre  intra undecim dies quam illi nouercam amore captus induxerat, quadruplici iudicio bona paterna repetebat.

(3) Sedebant centum et octoginta iudices – tot enim quattuor consiliis colliguntur -,  ingens utrimque aduocatio et numerosa subsellia, praeterea densa circumstantium corona latissimum iudicium multiplici circulo ambibat. (4) Ad hoc stipatum tribunal, atque etiam ex superiore basilicae parte qua feminae qua uiri et audiendi – quod difficile – et – quod facile – uisendi studio imminebant. Magna exspectatio patrum, magna filiarum, magna etiam nouercarum.

(5) Secutus est uarius euentus; nam duobus consiliis uicimus, totidem uicti sumus.  Notabilis prorsus et mira eadem in causa, isdem iudicibus, isdem aduocatis, eodem tempore tanta diuersitas.

(6) Accidit casu, quod non casus uideretur: uicta est nouerca, ipsa heres ex parte sexta, uictus Suburanus, qui exheredatus a patre singulari impudentia alieni patris bona uindicabat, non ausus sui petere.

« Suspendez, leur dit-il, vos travaux commencés. Et vous aussi, soit que vous écriviez, soit que vous lisiez, abandonnez, quittez tout pour écouter mon divin plaidoyer, comme les ouvriers de Vulcain pour forger les armes d’Énée. Pouvais-je plus fièrement débuter? Aussi s’agit-il du meilleur de mes plaidoyers : car c’est bien assez pour moi de lutter avec moi-même.

Je l’ai composé pour Accia Variola. Le rang de la personne, la singularité de la cause, la solennité du jugement lui donnent de l’intérêt. Cette femme, d’une naissance illustre, mariée à un homme qui avait été préteur,  s’était vue déshéritée par un père octogénaire, onze jours après qu’entraîné par une folle passion il avait donné une belle-mère à sa fille.

Elle revendiquait sa succession devant les quatre tribunaux des centumvirs réunis.Cent quatre-vingts juges siégeaient dans cette affaire : c’est tout ce qu’en renferment les quatre tribunaux. De part et d’autre, les avocats remplissaient en grand nombre les sièges qui leur avaient été destinés. La foule des auditeurs environnait de cercles redoublés la vaste enceinte du tribunal. On se pressait même autour des juges, et les galeries hautes de la basilique étaient encombrées, les unes de femmes, les autres d’hommes, avides d’entendre, ce qui n’était pas facile, et de voir, ce qui était fort aisé. Grande était l’attente des pères, des filles, et même des belles-mères.
Les avis se partagèrent : deux tribunaux furent pour nous, et les deux autres contre. C’est chose remarquable et surprenante qu’une même cause, plaidée par les mêmes avocats, entendue par les mêmes juges, ait été dans le même temps si diversement jugée, ce semble par un effet du hasard, mais sans qu’il parût s’en être mêlé.

Enfin la belle-mère a perdu son procès. Elle était instituée héritière pour un sixième. Subérinus n’a pas eu plus de succès,  lui qui, après avoir été déshérité par son père, sans avoir jamais osé se plaindre, avait l’impudence de venir demander la succession du père d’un autre.

________(Avec ce texte nous révisons aussi la façon dont  les Romains commençaient et terminaient leurs lettres .) 

______A l’issue de l’étude de ce texte, nous commentons des illustrations montrant la ville et des échoppes ou autres établissements ou immeubles,  dans lesquels vivre ou exercer un métier…. et nous comparons la ville antique à la ville moderne, en italien.

_______Mais il nous faut tout de même réviser notre conception de l’idée de métier! En effet si les Romains travaillaient beaucoup et escomptaient bien faire fortune, au sens moderne de gagner de l’argent… le métier/la profession telle que nous le/la comprenons de nos jours n’est pas une idée romaine. Travailler tout un mois pour recevoir une somme d’argent en fin de mois est un fait moderne, actuel.  « La profession/le métier » est apparu (e ) au Moyen-Age avec les corporations des commerçants et ouvriers spécialisés dans les villes médiévales, comme nous nous le sommes fait repréciser par nos collègues d’Histoire!

______Chez les Romains « les métiers » les plus nobles (avec les restrictions faites)  étaient donc, sans conteste: politicien par l’exercice de leur pleine citoyenneté (et seuls les citoyens pouvaient exercer ce métier-là!) , combattant… mais il s’agit là d’une fonction quasi religieuse puisqu’ils prêtaient serment devant les Dieux en le devenant et … agriculteur… car il était aussi courant de faire travailler ses esclaves que de travailler soi-même la terre comme le faisait (cf l’article de Wikipedia)  Lucius Quinctius Cincinnatus  selon Aurelius Victor Hommes illustres de la ville de Rome, XVII!   « Propriétaire terrien » serait donc  le terme le plus approprié  pour ce dernier métier et  le propriétaire  prenait part aux activités agricoles ou « soignait ses plantations » par goût pour son bien familial qu’il ne se contentait pas d’exploiter depuis sa résidence urbaine.

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Programmes 2016, SECUNDUM ANNUM , seconde série de cours

Pour compléter notre connaissance des métiers romains,  nous avons ensuite lu la lettre à Lucilius n° VI 56 de Sénèque, dans laquelle le champ lexical du bruit a retenu aussi notre attention:

LVI. SENECA LUCILIO SUO SALUTEM (1) Peream si est tam necessarium quam uidetur silentium in studia seposito. Ecce undique me uarius clamor circumsonat: supra ipsum balneum habito. Propone nunc tibi omnia genera uocum quae in odium possunt aures adducere: cum fortiores exercentur et manus plumbo graues iactant, cum aut laborant aut laborantem imitantur, gemitus audio, quotiens retentum spiritum remiserunt, sibilos et acerbissimas respirationes; cum in aliquem inertem et hac plebeia unctione contentum incidi, audio crepitum illisae manus umeris, quae prout plana peruenit aut concaua, ita sonum mutat. Si uero pilicrepus superuenit et numerare coepit pilas, actum est. (2) Adice nunc scordalum et furem deprensum et illum cui uox sua in balineo placet, adice nunc eos qui in piscinam cum ingenti impulsae aquae sono saliunt. Praeter istos quorum, si nihil aliud, rectae uoces sunt, alipilum cogita tenuem et stridulam uocem quo sit notabilior subinde exprimentem nec umquam tacentem nisi dum uellit alas et alium pro se clamare cogit; iam biberari uarias exclamationes et botularium et crustularium et omnes popinarum institores mercem sua quadam et insignita modulatione uendentis. 

(3) ‘O te’ inquis ‘ferreum aut surdum, cui mens inter tot clamores tam uarios, tam dissonos constat, cum Chrysippum nostrum assidua salutatio perducat ad mortem.’ At mehercules ego istum fremitum non magis curo quam fluctum aut deiectum aquae, quamuis audiam cuidam genti hanc unam fuisse causam urbem suam transferendi, quod fragorem Nili cadentis ferre non potuit. (4) Magis mihi uidetur uox auocare quam crepitus; illa enim animum adducit, hic tantum aures implet ac uerberat. In his quae me sine auocatione circumstrepunt essedas transcurrentes pono et fabrum inquilinum et serrarium uicinum, aut hunc qui ad Metam Sudantem tubulas experitur et tibias, nec cantat sed exclamat: (5) etiam nunc molestior est mihi sonus qui intermittitur subinde quam qui continuatur. Sed iam me sic ad omnia ista duraui ut audire uel pausarium possim uoce acerbissima remigibus modos dantem. Animum enim cogo sibi intentum esse nec auocari ad externa; omnia licet foris resonent, dum intus nihil tumultus sit, dum inter se non rixentur cupiditas et timor, dum auaritia luxuriaque non dissideant nec altera alteram uexet. Nam quid prodest totius regionis silentium, si affectus fremunt?
(6) Omnia noctis erant placida composta quiete. Falsum est: nulla placida est quies nisi quam ratio composuit; nox exhibet molestiam, non tollit, et sollicitudines muta. Nam dormientium quoque insomnia tam turbulenta sunt quam dies: illa tranquillitas uera est in quam bona mens explicatur. (7) Aspice illum cui somnus laxae domus silentio quaeritur, cuius aures ne quis agitet sonus, omnis seruorum turba conticuit et suspensum accedentium propius uestigium ponitur: huc nempe uersatur atque illuc, somnum inter aegritudines leuem captans; quae non audit audisse se queritur. (8) Quid in causa putas esse? Animus illi obstrepit. Hic placandus est, huius compescenda seditio est, quem non est quod existimes placidum, si iacet corpus: interdum quies inquieta est; et ideo ad rerum actus excitandi ac tractatione bonarum artium occupandi sumus, quotiens nos male habet inertia sui impatiens. (9) Magni imperatores, cum male parere militem uident, aliquo labore compescunt et expeditionibus detinent: numquam uacat lasciuire districtis, nihilque tam certum est quam otii uitia negotio discuti. Saepe uidemur taedio rerum ciuilium et infelicis atque ingratae stationis paenitentia secessisse; tamen in illa latebra in quam nos timor ac lassitudo coniecit interdum recrudescit ambitio. Non enim excisa desit, sed fatigata aut etiam obirata rebus parum sibi cedentibus. (10) Idem de luxuria dico, quae uidetur aliquando cessisse, deinde frugalitatem professos sollicitat atque in media parsimonia uoluptates non damnatas sed relictas petit, et quidem eo uehementius quo occultius. Omnia enim uitia in aperto leniora sunt; morbi quoque tunc ad sanitatem inclinant cum ex abdito erumpunt ac uim sui proferunt. Et auaritiam itaque et ambitionem et cetera mala mentis humanae tunc perniciosissima scias esse cum simulata sanitate subsidunt. (11) Otiosi uidemur, et non sumus. Nam si bona fide sumus, si receptui cecinimus, si speciosa contempsimus, ut paulo ante dicebam, nulla res nos auocabit, nullus hominum auiumque concentus interrumpet cogitationes bonas, solidasque iam et certas. (12) Leue illud ingenium est nec sese adhuc reduxit introsus quod ad uocem et accidentia erigitur; habet intus aliquid sollicitudinis et habet aliquid concepti pauoris quod illum curiosum facit, ut ait Vergilius noster:  et me, quem dudum non ulla iniecta mouebant tela neque aduerso glomerati e agmine Grai, nunc omnes terrent aurae, sonus excitat omnis suspensum et pariter comitique onerique timentem.
(13) Prior ille sapiens est, quem non tela uibrantia, non arietata inter (se) arma agminis densi, non urbis impulsae fragor territat: hic alter imperitus est, rebus suis timet ad omnem crepitum expauescens, quem una quaelibet uox pro fremitu accepta deiecit, quem motus leuissimi exanimant; timidum illum sarcinae faciunt. (14) Quemcumque ex istis felicibus elegeris, multa trahentibus, multa portantibus, uidebis illum ‘comitique onerique timentem’. Tunc ergo te scito esse compositum cum ad te nullus clamor pertinebit, cum te nulla uox tibi excutiet, non si blandietur, non si minabitur, non si inani sono uana circumstrepet. (15) ‘Quid ergo? non aliquando commodius est et carere conuicio?’  Fateor; itaque ego ex hoc loco migrabo. Experiri et exercere me uolui: quid necesse est diutius torqueri, cum tam facile remedium Ulixes sociis etiam aduersus Sirenas inuenerit Vale.

[6,56] LE SAGE PEUT ÉTUDIER ET VIVRE TRANQUILLE PARTOUT; LE MÉCHANT, AU CONTRAIRE, NE TROUVE DE REPOS NULLE PART.
Que je meure, si le silence est aussi nécessaire qu’on se l’imagine aux études solitaires. Mille cris divers retentissent autour de moi; je loge juste au-dessus d’un établissement de bains. Représentez-vous toutes les espèces de bruits qui peuvent offenser nos oreilles. Quand les plus robustes balancent leurs bras chargés de masses de plomb, quand ils se fatiguent ou feignent d’être fatigués, j’entends des gémissements ; quand ils reprennent leur haleine, j’entends leurs sifflements et leurs respirations forcées. Si le hasard m’envoie un de ces étuvistes maladroits dont le savoir se borne à l’onction la plus vulgaire, j’entends le coup de sa main sonner différemment sur les épaules selon qu’il la pose ouverte ou fermée. C’est bien pis encore, s’il survient des joueurs de paume qui se mettent à compter leurs points. Ajoutez à cela les ivrognes, les filous pris sur le fait, et ceux qui trouvent que leur voix fait bon effet dans le bain ; puis les gens qui sautent dans la cuve en faisant résonner l’eau à grand bruit. Outre tout ce monde-là, dont les intonations sont du moins naturelles, représentez-vous le dépilateur qui fait presque continuellement entendre une voix aiguë et criarde pour qu’elle soit davantage remarquée, et ne s’arrête que lorsqu’il a trouvé des aisselles à épiler et un patient à faire crier à sa place. Puis viennent les clameurs diverses des pàtissiers, des charcutiers, des confiseurs, de tous les courtiers de tavernes, qui annoncent chacun leur marchandise avec des cris tout différents.
Il faut, me direz-vous, que je sois sourd ou de fer pour rester de sang-froid au milieu de tant de vociférations confuses et discordantes, lorsque c’en était assez des visites journalières de ses clients pour faire mourir notre ami Crispus. Pour moi, je vous le jure, je ne me soucie guère plus de tout ce tapage, que d’une eau qui flotte ou qui tombe, quoique j’aie ouï dire qu’une ville fut déplacée pour ce seul motif que ses habitants ne pouvaient supporter le fracas de la chute du Nil. La parole me cause plus de distraction que le bruit. C’est que l’une détourne l’esprit, tandis que l’autre ne fait que remplir et frapper mes oreilles. Entre les bruits qui retentissent autour de moi sans me distraire, je compte ceux que font les chariots qui passent, le forgeron logé chez moi, le serrurier mon voisin, ou bien cet histrion qui, auprès de la borne-fontaine, essaie l’effet de sa trompette et de sa flûte, et beugle plutôt qu’il ne chante. Je dois dire aussi que les sons intermittents m’incommodent davantage que les sons continus. Mais à présent, je suis tellement fait à tout cela, que je pourrais entendre sans émotion un comite de galère indiquer de sa rude voix la mesure aux rameurs. Je contrains mon esprit à se prêter attention à lui-même, et à ne pas se porter sur les choses extérieures. Tout le bruit du monde peut se faire entendre à ma porte, pourvu que le tumulte ne pénètre pas à l’intérieur, pourvu qu’il n’y ait point de combats entre le désir et la crainte, pourvu que l’avarice et la luxure ne soient point aux prises, qu’une de ces passions ne choque point l’autre. Car qu’est-ce que le calme de toute la nature extérieure, si les passions éclatent au dedans ?
« La nuit avait partout répandu son calme profond. » Erreur ! il n’y a de calme que celui que répand la raison : la nuit ramène nos tourments, plutôt qu’elle ne les dissipe; elle ne fait que changer nos soucis; car on a beau dormir l’agitation des rêves n’est pas moindre que celle des veilles. La véritable tranquillité est celle où s’ébat une bonne conscience. Voyez cet homme que le silence d’une vaste maison prépare au sommeil ; autour duquel la foule des esclaves se tait pour que nul bruit ne trouble ses oreilles, dont on approche avec précaution sur la pointe du pied. Eh bien ! il se retourne en tous sens, s’efforçant de trouver, à travers ses soucis, un léger sommeil ; il n’a rien entendu, et se plaint d’avoir entendu un bruit qui le fatigue. Savez-vous d’où vient cela ? Le bruit est dans son âme; là est le trouble à apaiser, là le soulèvement à réprimer; car, parce que le corps repose, il ne faut pas croire que l’âme soit paisible. Souvent le repos n’est rien moins que le repos ; et c’est pour cela qu’il faut nous exciter à l’action et au travail, et qu’il faut nous livrer à quelque exercice honnête, toutes les fois que la paresse, à charge à elle-même, nous tient malheureusement sous son joug.
Les grands capitaines, lorsqu’ils voient le soldat porté à la désobéissance, le domptent par la fatigue et par les expéditions ou ils l’engagent. On n’a pas le loisir de songer aux divertissements, quand on est occupé, et s’il est une vérité, c’est que les vices de l’oisiveté sont chassés parle travail. Souvent l’ennui des affaires et le dégoût d’un poste pénible et ingrat nous font chercher la retraite ; mais dans cette solitude même, où nous ont jetés la peur et la lassitude, l’ambition revient parfois avec plus d’âpreté. C’est qu’elle n’était pas anéantie, mais fatiguée seulement, et rebutée par le mauvais succès. J’en dis autant des déréglements du luxe : on croit en être quitte; mais bientôt ils nous sollicitent au milieu de nos essais d’épargne et de frugalité, et redemandent des plaisirs qu’on avait quittés, mais non condamnés sans retour; alors leur action est d’autant plus violente, qu’elle est plus cachée. En effet, les vices à découvert sont moins dangereux : les maladies mêmes tendent à la guérison, lorsqu’elles éclatent au dehors et manifestent leur violence.
Ainsi, pénétrez-vous bien de cette vérité : l’avarice, l’ambition et les autres maladies de l’âme ne sont jamais plus dangereuses que dans le calme d’une guérison apparente. Nous croyons goûter le repos, il est bien loin.. Car, si nous sommes de bonne foi, si nous avons sonné la retraite, si nous ne nous laissons plus prendre aux apparences, comme je le disais tout à l’heure, rien ne pourra nous distraire; nulle voix humaine, nul chant des oiseaux n’interrompra nos pensées honnêtes, solides, et désormais bien arrêtées. C’est la marque d’un esprit faible et qui ne s’est point encore assez concentré en lui-même, que de se laisser troubler par un cri, ou tout autre accident extérieur. Il lui reste quelque inquiétude, quelque vieille peur qui le préoccupe. Virgile a dit à ce sujet : « Et moi que longtemps ne purent émouvoir ni les traits ni les bataillons menaçants des Grecs, maintenant le moindre souffle m’épouvante, tout bruit m’alarme et me fait trembler également ». Ici, en premier lieu, on voit un sage que n’effraient ni le sifflement des traits, ni les masses de fer du plus épais bataillon, ni le fracas d’une ville assiégée ; puis un homme sans expérience, qui craint pour sa fortune : celui-là, le moindre bruit l’alarme, toute voix lui semble menaçante et le consterne, le plus léger mouvement le glace d’effroi. Son bagage le rend poltron. Qui que vous choisissiez parmi ces gens heureux, qui traînent derrière eux et portent des richesses, vous le verrez.
« Trembler pour celui qui l’accompagne et pour son fardeau. » Alors seulement vous serez tranquille, quand vous ne serez ému par aucun cri, et qu’aucune voix ne vous ébranlera, soit qu’elle vous flatte, soit qu’elle vous menace, ou éclate en un mélange confus de vains sons. Mais quoi! me direz-vous; n’est-il donc pas plus commode de fuir le tumulte ? – Oui, sans doute, et c’est pour cela que je quitterai ce lieu, content de m’être éprouvé et exercé. A quoi bon, en effet, souffrir plus longtemps, quand, au moyen d’un remède aussi simple, Ulysse a pu garantir ses compagnons des Sirènes elles-mêmes ?

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Programmes 2016, SECUNDUM ANNUM , premiers cours

_______A la faveur d’une interprétation erronée des nouveaux programmes, nous voici, pour cette année-ci seulement,  en totale interdisciplinarité. Ainsi   pendant nos deux heures de cours hebdomadaires , nous ne sommes pas trop de deux pour

  • faire débuter le latin à certains venus compenser le départ d’autres adolescents ,
  • continuer cette langue aux latinistes qui l’avaient commencée en 5ème l’an passé
  • et débuter l’italien avec un renforcement pour les italianistes  motivés.

_______ Nous avons donc choisi de commencer l’année par la partie

LA VIE SOCIALE A ROME et par l’étude des métiers :

_______Nous avons fait un commentaire d’images présentant des métiers ancestraux tels que vigneron, boulanger, agriculteur… et pour constituer un tableau trilingue (français, latin, italien avec quelques mots d’espagnol aussi)  nous avons lu l’épigramme de MARTIAL, Épigrammes, lv. XII, 57 :

Cur saepe sicci parua rura Nomenti
Laremque uillae sordidum petam, quaeris?
Nec cogitandi, Sparse, nec quiescendi
In urbe locus est pauperi. Negant uitam
5 Ludimagistri mane, nocte pistores,
Aerariorum marculi die toto;
Hinc otiosus sordidam quatit mensam
Neroniana nummularius massa,
Illinc balucis malleator Hispanae
10 Tritum nitenti fuste uerberat saxum;
Nec turba cessat entheata Bellonae,
Nec fasciato naufragus loquax trunco,
A matre doctus nec rogare Iudaeus,
Nec sulphuratae lippus institor mercis.
15 Numerare pigri damna quis potest somni?
Dicet quot aera uerberent manus urbis,
Cum secta Colcho Luna uapulat rhombo.
Tu, Sparse, nescis ista, nec potes scire,
Petilianis delicatus in regnis,
20 Cui plana summos despicit domus montis,
Et rus in urbe est uinitorque Romanus
Nec in Falerno colle maior autumnus,
Intraque limen latus essedo cursus,
Et in profundo somnus, et quies nullis
25 Offensa linguis, nec dies nisi admissus.
Nos transeuntis risus excitat turbae,
Et ad cubile est Roma. Taedio fessis
Dormire quotiens libuit, imus ad uillam.
A SPARSUS.
Pourquoi je gagne souvent le petit fonds de ma sèche Nomente
et le lare modeste de ma maison des champs?
Tu le demandes? Pour le pauvre, Sparsus, pas moyen, à la Ville,
de méditer ni de dormir. Comment tenir, dis-moi, avec les maîtres d’école le matin, les boulangers la nuit, et le marteau des chaudronniers tout le jour?
Ici, c’est le changeur qui passe son temps à faire sonner sur son sale comptoir de la monnaie au coin de Néron.
Là, c’est le batteur de lin d’Espagne qui, de son fléau brillant, l’écrase sur la pierre usée. C’est, sans arrêt, la troupe fanatique des prêtres de Bellone, le naufragé bavard portant, suspendue au cou, sa tirelire, et le juif instruit par sa mère à mendier, et le chassieux débitant d’allumettes
soufrées.
Qui peut compter le temps perdu à Rome pour le sommeil dira le nombre des mains qui frappent sur des bassins de cuivre, quand l’éclipse de lune est conjurée par le fuseau de Colchide.
Toi, Sparsus, tu ne connais pas ces misères, tu ne peux pas les connaître, bien douillet dans le domaine de
Pétilius, un vrai royaume, d’où une terrasse domine les sommets à l’entour. Tu as la campagne en pleine ville, ton vigneron est Romain et l’automne n’est pas plus fécond sur les côteaux de Falerne. A l’intérieur de tes
portes, tu peux faire des courses en char. Au fond de ton palais, le sommeil et le repos, que ne trouble aucune voix humaine. Et le jour n’y entre qu’avec ta permission.
Moi, les rires des nombreux passants me réveillent et Rome est à mon chevet. Dégoûté, fatigué, quand je veux dormir, je vais à ma campagne.

_______ Bien évidemment nous avons souligné le caractère « raciste » d’un Romain aisé qui méprise les plus pauvres obligés à travailler et les accuse de vol uniquement parce qu’ils sont « barbares » (= « étrangers » , non citoyen romain,  dans les passages concernant le mandiant et le chassieux).

Les MOTSCLES avec lesquels nous nous familiarisons sont: 
urbanus, forum, balneum, officium ; ars, faber, labor ; patronus, cliens, familia, servus, libertus ; amicitia, humanitas

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Programmes 2016 (L.C.A. PRIMUM ANNUM), 4ème série de cours: Le peuplement de Rome et les rois étrusques

_______Toujours dans la partie  Les temps héroïques : les fondements de l’identité romaine nous allons lire cet extrait de Lucius Ampellius,un auteur qui vécut probablement au 2ème ou au 3ème siècle ap. J.-C.(?). Dans son oeuvre: Le Liber memorialis (Aide-mémoire), un opuscule scolaire  écrit à la fin du règne de Marc-Aurèle (161-180) ou plus tard (?), à Césarée de Maurétanie. Il parle au jeune  Macrin, son élève (?) de cosmographie, de géographie, de mythographie… Cet extrait nous fournit la liste des rois de Rome et des exemples de moralité antique.

_______Selon la méthode adoptée, nous distribuons un texte bilingue avec quelques passages en italien, pour habituer nos élèves à remarquer les radicaux communs et se familiariser avec lexique qu’ils doivent acquérir au cours de l’année.

17] REGES {ET DVCES} ROMANORVM. Romulus qui urbem condidit. Numa Pompilius qui sacra constituit. Tullus Hostilius qui Albam diruit. Ancus Marcius qui leges plurimas tulit et Ostiam coloniam constituit. Priscus Tarquinius qui insignibus magistratus adornauit. Seruius Tullius qui primum censum egit. Tarquinius Superbus qui ob nimiam superbiam regno pulsus est.

18] CLARISSIMI DVCES ROMANORVM. Brutus qui pro libertate publica liberos suos interfecit. Valerius Publicola qui propter eamdem libertatem aduersus Tarquinios bellum exercuit; idem ius libertatis dando populum ampliauit. Mallius Torquatus qui ad confirmandam castrorum disciplinam filium suum interfecit. Quinctius Cincinnatus item Serranus cui aranti dictatura delata est. Camillus qui Senonum gente deleta Gallorum incensam ab eis urbem restituit. Fabi duo quorum alter una pugna Etruscos Samnitas Umbros Gallosque subegit, libertinos e tribubus repurgauit, ideoque Maximus cognominatus; alter Fabius Hannibalem mora fregit ex quo Cunctator est cognominatus. Papirius Cursor: hic Samnites qui Romanos sub iugum pugnando miserant uictos ignominia pari adfecit et a uelocitate Cursor est appellatus. Curius cum in foco rapas torreret, legatis Samnitum aurum offerentibus ‘malo’ inquit ‘in fictilibus meis esse et aurum habentibus imperare.’ Fabricius Luscinus qui Cornelium Rufinum consularem uirum senatu amouit luxuriae et auaritiae damnatum, quod decem pondo argenti possideret. Claudius Marcellus qui Hannibalem primus in Campania proelio uicit; idemque docuit in bello quomodo equites sine fuga cederent. Scipiones duo; quorum alter prior Africanus qui Hannibalem et in eo Africam debellauit; alter Scipio minor Numantinus qui Carthaginem et Numantiam diruendo et in hac Africam in illa Hispaniam fregit.

[17] XVII. Rois et chefs des Romains. Romulus, qui fonda la ville; Numa Pompilius, qui institua la religion; Tullus Hostilius, qui détruisit Albe; Ancus Martius, qui créa beaucoup de lois et fonda la colonie d’Ostie; Servius Tullius, qui établit l’institution du cens; Tarquin l’Ancien, qui orna d’insignes les magistrats; Tarquin le Superbe, que son excessif orgueil fit chasser de son royaume.

[18] XVIII. Chefs les plus célèbres des Romains. Brutus, qui fit conduire ses fils au supplice pour la liberté publique; Valerius Publicola, qui combattit contre les Tarquins en faveur de cette même liberté, et qui, en la proclamant authentiquement, accrut le peuple romain; Manlius Torquatus, qui, pour affermir la discipline militaire sacrifia son propre fils; Quintius Cincinnatus, autrement Serranus, qu’on alla prendre à la charrue pour l’élever à la dictature; Camille, qui, après avoir détruit les Gaulois Sénonais, rétablit la ville, incendiée par eux; les deux Fabius, dont l’un vainquit dans un seul combat les Étrusques, les Samnites, les Ombres, les Gaulois, et purgea des affranchis les tribus, ce qui lui valut le surnom de très Grand; l’autre perdit Annibal par ses délais, et reçut à ce sujet le surnom de Temporisateur. Papirius Cursor : celui-ci, après avoir vaincu les Samnites, les fit passer sous le joug, comme ils y avaient eux-mêmes fait passer les Romains; il fut surnommé Cursor, à cause de la rapidité de sa marche. Curius, qui, tandis qu’il faisait cuire des raves à son foyer, répondit à ceux qui tâchaient de le séduire par leurs offres: « J’aime mieux manger dans mes vases de terre, et commander à ceux qui ont de l’or. » Fabricius Luscinus, qui exclut du sénat Cornelius Rufinus personnage consulaire, comme coupable de luxe et d’avarice, parce qu’il possédait dix livres pesant de vaisselle d’argent; Claudius Marcellus, qui, le premier, vainquit Annibal dans un combat qu’il lui livra en Campanie, et qui enseigna comment, devant l’ennemi, la cavalerie pouvait se replier sans fuir; les deux Scipion, dont le premier, l’Africain, vainquit Annibal et en lui l’Afrique; le second, le Numantin, en détruisant Carthage et Numance, ruina dans l’une l’Afrique, et dans l’autre l’Espagne. 

Mots-clés, « notions cardinales » :
Mythe et histoire, légende, fabula ; Héros fondateurs, Troie, Rome ; Pius, pietas, Penates, fides, patria

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Programmes 2016 L.C.A.: PRIMUM ANNUM, la troisième série de cours: d’Enée à Romulus

Dans la partie du programme   Panorama général, historique, géographique et linguistique:

________Nous fîmes  la lecture d »un extrait de  Publius Annius Florus, Epitome, Prooemium. Florus, Abrégé de l’histoire romaine, Préface, IIe siècle après J.-C.:

Populus Romanus a rege Romulo in Caesarem Augustum, septingentos per annos,  
tantum operum pace belloque gessit,
ut, si quis magnitudinem imperii cum annis conferat, aetatem ultra putet.
Ita late per orbem terrarum arma circumtulit,
ut qui res illius legunt,
non unius populi, sed generis humani fata discant.
Nam tot laboribus periculisque jactatus est,
ut ad constituendum ejus imperium contendisse virtus et fortuna videantur.
Le peuple romain, depuis le roi Romulus jusqu’à César Auguste,
pendant sept cents ans,
a accompli tant de choses dans la paix et dans la guerre,
que, si l’on compare la grandeur de son empire avec le nombre de ses années,
on croira qu’il a une durée plus grande.
II a mené ses armées si loin à travers le monde entier,

que ceux qui lisent les récits de ses exploits 

n’apprennent pas le destin d’un seul peuple,
mais de tout le genre humain.
En effet il a été confronté à tant de travaux et à tant de dangers
que, pour établir son empire,
le courage et la bonne fortune semblent avoir réuni leurs efforts.

_________Nous nous sommes d’une part entraînés à lire le latin (après avoir énoncé les particularités de l’alphabet latin ) puis nous avons situé    » le peuple latin » / les Romains sur une carte. A propos du « peuple » romain et de la mention de  Romulus, nous nous sommes interrogés sur leur origine et l’ancêtre mythique, Enée:

  •  Nous venons de l’antique Troie (si par hasard jusqu’à vos oreilles
  •  le nom de Troie est arrivé), nous avons été emportés de mer en mer,
  •  et la tempête, au gré de sa fantaisie, nous a jetés sur la côte libyenne
  •  Je suis le pieux Enée ; ce sont nos Pénates arrachés à l’ennemi,
  •  que j’emporte avec moi sur mes vaisseaux et je suis connu jusqu’au ciel grâce à ma réputation.
  •  Je cherche l’Italie pour en faire ma patrie et ma race est issue de Jupiter, le souverain suprême.[…]/li>
  •  Moi-même, ignoré de tous, manquant de tout, je parcours les déserts de Libye,
  •  chassé d’Europe et d’Asie.
  •  Nos Troia antiqua (si vestras forte per auris
  • Troiae nomen iit), diversa per aequora vectos
  • forte sua Libycis tempestas adpulit oris.
  • Sum pius Aeneas, raptos qui ex hoste Penates
  • classe veho mecum, fama super aethera notus.
  • Italiam quaero patriam et genus ab Jove summo.
  • Ipse ignotus, egens, Libyae déserta peragro, 
  • Europa atque Asia pulsus.

______Cet extrait de Virgile (70-19 avant J.-C) (Publius Vergilius Maro, Aeneis, liber primus) , Enéide, livre I, vers 375-385 nous a permis d’introduire la généalogie d’Enée (grâce à un tout petit résumé de l’oeuvre) .

Ensuite dans la partie: Les origines – naissance d’une cité
nous avons abordé  la fondation de la ville de Rome, le 24 avril -753,   et nous nous sommes interrogés sur le site de la ville.

_________Enfin nous avons lu:  Cicéron De la République, II, I1

« quod habemus » inquit « institutae rei publicae tam clarum ac tam omnibus notum exordium quam huius urbis condendae principium profectum a Romulo? qui patre Marte natus – concedamus enim famae hominum, praesertim non inueteratae solum sed etiam sapienter a maioribus proditae, bene meriti de rebus communibus ut genere etiam putarentur, non solum ingenio esse diuino – is igitur ut natus sit, cum Remo fratre dicitur ab Amulio rege Albano ob labefactandi regni timorem ad Tiberim exponi iussus esse; quo in loco cum esset siluestris beluae sustentatus uberibus, pastoresque eum sustulissent et in agresti cultu laboreque aluissent, perhibetur ut adoleuerit et corporis uiribus et animi ferocitate tantum ceteris praestitisse, ut omnes qui tum eos agros ubi hodie est haec urbs incolebant, aequo animo illi libenterque parerent. quorum copiis cum se ducem praebuisset, ut {et} iam a fabulis ad facta ueniamus, oppressisse Longam Albam, ualidam urbem et potentem temporibus illis, Amuliumque regem interemisse fertur.

[2,3] III. (5) Qua gloria parta urbem auspicato condere et firmare dicitur primum cogitauisse rem publicam. urbi autem locum, quod est ei qui diuturnam rem publicam serere conatur diligentissime prouidendum, incredibili opportunitate delegit. neque enim ad mare admouit, quod ei fuit illa manu copiisque facillimum, ut in agrum Rutulorum Aboriginumue procederet, aut in ostio Tiberino, quem in locum multis post annis rex Ancus coloniam deduxit, urbem ipse conderet, sed hoc uir excellenti prouidentia sensit ac uidit, non esse opportunissimos situs maritimos urbibus eis quae ad spem diuturnitatis conderentur atque imperii, primum quod essent urbes maritimae non solum multis periculis oppositae sed etiam caecis. (6) nam terra continens aduentus hostium non modo expectatos sed etiam repentinos multis indiciis et quasi fragore quodam et sonitu ipso ante denuntiat, neque uero quisquam potest hostis aduolare terra, quin eum non modo adesse sed etiam quis et unde sit scire possimus. maritimus uero ille et naualis hostis ante adesse potest quam quisquam uenturum esse suspicari queat, nec uero cum uenit prae se fert aut qui sit aut unde ueniat aut etiam quid uelit, denique ne nota quidem ulla, pacatus an hostis sit, discerni ac iudicari potest

.[2,4] IV. (7) Est autem maritimis urbibus etiam quaedam corruptela ac mutatio morum; admiscentur enim nouis sermonibus ac disciplinis, et inportantur non merces solum aduenticiae sed etiam mores, ut nihil possit in patriis institutis manere integrum. iam qui incolunt eas urbes, non haerent in suis sedibus, sed uolucri semper spe et cogitatione rapiuntur a domo longius, atque etiam cum manent corpore, animo tamen exulant et uagantur. nec uero ulla res magis labefactatam diu et Carthaginem et Corinthum peruertit aliquando, quam hic error ac dissipatio ciuium, quod mercandi cupiditate et nauigandi et agrorum et armorum cultum reliquerant. (8) multa etiam ad luxuriam inuitamenta perniciosa ciuitatibus subpeditantur mari, quae uel capiuntur uel inportantur; atque habet etiam amoenitas ipsa uel sumptuosas uel desidiosas inlecebras multas cupiditatum. et quod de Corintho dixi, id haut scio an liceat de cuncta Graecia uerissime dicere; nam et ipsa Peloponnesus fere tota in mari est, nec praeter Phliasios ulli sunt quorum agri non contingant mare, et extra Peloponnesum Aenianes et Doris et Dolopes soli absunt a mari. quid dicam insulas Graeciae? quae fluctibus cinctae natant paene ipsae simul cum ciuitatum institutis et moribus. (9) atque haec quidem ut supra dixi ueteris sunt Graeciae. coloniarum uero quae est deducta a Graiis in Asiam Thracam Italiam Siciliam Africam praeter unam Magnesiam, quam unda non adluat? ita barbarorum agris quasi adtexta quaedam uidetur ora esse Graeciae; nam e barbaris quidem ipsis nulli erant antea maritumi praeter Etruscos et Poenos. alteri mercandi causa, latrocinandi alteri. quae causa perspicua est malorum commutationumque Graeciae propter ea uitia maritimarum urbium quae ante paulo perbreuiter adtigi. sed tamen in his uitiis inest illa magna commoditas, et quod ubique genitum est ut ad eam urbem quam incolas possit adnare, et rursus ut id quod agri efferant sui, quascumque uelint in terras portare possint ac mittere.

[2,5] V. (10) Qui potuit igitur diuinius et utilitates conplecti maritimas Romulus et uitia uitare, quam quod urbem perennis amnis et aequabilis et in mare late influentis posuit in ripa? quo posset urbs et accipere a mari quo egeret, et reddere quo redundaret, eodemque ut flumine res ad uictum cultumque maxime necessarias non solum mari absorberet, sed etiam inuectas acciperet ex terra, ut mihi iam tum diuinasse ille uideatur hanc urbem sedem aliquando et domum summo esse imperio praebituram; nam hanc rerum tantam potentiam non ferme facilius alia ulla in parte Italiae posita urbs tenere potuisset.

 

Est-il une autre nation qui ait une origine aussi éclatante, aussi fameuse dans le monde entier, que la fondation de notre cité par Romulus, fils de Mars? Nous devons en effet respecter une tradition qui a le privilège de l’antiquité et qui surtout est pleine de sagesse, et penser avec nos ancêtres que les bienfaiteurs du genre humain méritent la réputation non pas seulement d’avoir un esprit divin, mais d’être issus du sang des Dieux. On rapporte donc que Romulus, aussitôt après sa naissance, fut exposé avec son frère Rémus sur les bords du Tibre par l’ordre d’Amulius, roi d’Albe , qui craignait de voir un jour sa puissance ébranlée. Allaité près du fleuve par une bête sauvage, l’enfant fut bientôt recueilli par des pasteurs, qui l’élevèrent dans les travaux et la rudesse des champs. Il devint homme, et la vigueur de son corps aussi bien que la fierté de son âme lui donnèrent sur tous ses compagnons une telle supériorité, que tous ceux qui habitaient alors les campagnes où Rome s’étend aujourd’hui vinrent se ranger volontairement sous sa loi. Il se mit à leur tête, et, pour faire trêve aux récits fabuleux, l’histoire nous apprend qu’il enleva d’assaut Albe la Longue, ville forte et puissante dans ces temps, et qu’il fit périr le roi Amulius.

2,3] III. Après cet exploit, il songea pour la première fois à élever une ville suivant les rites sacrés, et à jeter les fondements d’un empire. Rien de plus important pour les destinées futures d’un empire que l’emplacement d’une cité; Romulus sut le choisir admirablement. Il ne rechercha point le voisinage de la mer, quoiqu’il lui fût très facile ou de s’avancer avec son armée aguerrie sur le territoire des Rutules et des Aborigènes, ou d’établir sa nouvelle ville à l’embouchure du Tibre, dans le lieu même où, longues années après, le roi Ancus conduisit une colonie. Mais cet homme d’un merveilleux génie comprit qu’une situation maritime n’est pas celle qui convient le mieux à une ville pour laquelle on ambitionne un avenir durable et une grande puissance. D’abord les villes maritimes sont exposées à beaucoup de périls qu’elles ne peuvent prévoir. Au milieu des terres, les ennemis qu’on attend le moins se trahissent toujours par quelques indices, et le sol nous apporte infailliblement le bruit de leurs pas : jamais il ne peut y avoir par terre d’attaque tellement subite, qu’on ne sache non seulement que l’ennemi arrive, mais quel est cet ennemi et d’où il vient; tandis que les flots peuvent porter dans une ville maritime une armée qui l’envahit, avant même qu’on n’ait soupçonné sa venue. Lorsque l’ennemi arrive par mer, aucun indice ne nous apprend qui il est, d’où il vient, ce qu’il veut; enfin, on ne peut reconnaître à aucun signe si c’est un ennemi ou un allié qui s’avance.

[2,4] IV. Les villes maritimes ont à craindre aussi la corruption et l’altération des moeurs. Elles sont le rendez-vous des langues et des coutumes de toute la terre; les étrangers y apportent leurs moeurs en même temps que leurs marchandises; à la longue toutes les institutions nationales sont attaquées, aucune n’échappe. Ceux qui habitent les ports ne sont pas fixés à leurs foyers; leur esprit sans cesse agité, leur mobile espérance les emporte loin de leur pays; alors même qu’ils y ont posé le pied, leur pensée voyage et court le monde. Il n’est pas de cause qui ait plus influé sur la décadence et la ruine de Carthage et de Corinthe que cette vie errante et cette dispersion de leurs citoyens, qui abandonnaient, par amour de la navigation et du commerce, la culture des terres et le maniement des armes. D’un autre côté, les villes maritimes sont assiégées par le luxe; tout les y porte; le commerce et la victoire leur amènent tous les jours des séductions nouvelles. Et d’ailleurs tous ces rivages de la mer sont des lieux si charmants! on y respire le goût d’une vie fastueuse et molle; comment s’en défendre? Ce que j’ai dit de Corinthe, je crois qu’on pourrait le dire avec une parfaite vérité de la Grèce entière. Presque tout le Péloponnèse est maritime; si vous en exceptez le pays de Phliunte, toutes les contrées en sont baignées par la mer: hors du Péloponnèse je ne vois que les Enianes, les Doriens et les Dolopes qui ne touchent pas à la mer. Que dirai-je des îles de la Grèce? Elles semblent bercées par les flots qui les enveloppent, elles, leurs institutions et leurs moeurs. Mais ce n’est là, comme je l’ai déjà dit, que l’ancienne Grèce. Jetez les yeux sur les colonies qu’elle a fondées en Asie, en Thrace, en Italie, en Sicile, en Afrique : en trouverez-vous une seule, si ce n’est Magnésie, qui ne soit baignée par les eaux? Il semble qu’une ceinture détachée de la Grèce soit venue border toutes les contrées barbares. Car il n’y avait dans les temps anciens d’autres peuples maritimes que les Étrusques et les Carthaginois, les uns commerçants , les autres pirates. Il me paraît donc évident qu’il faut attribuer tous les maux et les révolutions des sociétés grecques à ces vices des cités maritimes que je viens de toucher en peu de mots. Mais, au milieu de ces graves inconvénients, il faut reconnaître un grand avantage : c’est que les productions de tous les pays du monde viennent comme d’elles-mêmes se réunir dans la ville que vous habitez, et qu’en retour vous pouvez porter ou envoyer par toute la terre les récoltes de vos campagnes.[2,5] V. Romulus pouvait-il donc, pour donner à sa ville naissante tous les avantages d’une position maritime et lui en sauver les inconvénients, être mieux inspiré qu’il ne le fut, en l’élevant sur les bords d’un fleuve dont les eaux toujours égales et ne tarissant jamais vont se verser dans la mer par une large embouchure; par la voie duquel la cité peut recevoir de la mer ce qui lui manque, et lui rendre en retour ce dont elle surabonde, et qui alimente perpétuellement nos marchés par la communication incessante qu’il établit entre la mer et Rome d’un côté, de l’autre entre la ville et l’intérieur des terres? Aussi je n’hésite pas à le croire, Romulus avait pressenti dès lors que sa nouvelle cité serait un jour le siége d’un immense empire. Imaginez cette ville située dans toute autre partie de l’Italie, et la domination romaine devient impossible.

_______Le vocabulaire qui peut être mémorisé à cette étape de nos découvertes est issu de ces textes et découvert par des commentaires d’images (carte d’Agrippa sous Auguste, tableaux de Federico Barocci  La fuite d’Enée, la fresque d’Enée dans la maison Publius Vedius Siricus à Pompéi, l’autel de Mars et Vénus à Ostie, des représentations de la louve et le tableau d’Ingres Romulus vainqueur d’Acron) : orbis terrarum, mundus ; rex, populus, respublica, imperium ; memoria, fata, templum, auspicium ; genus, urbs, imperium ; arx, pomoerium ; hostis.

_______En langue nous avons indiqué comment se présentent les noms et les verbes dans le dictionnaire puis étudié un tableau des trois premières  déclinaisons et des 4+1 conjugaisons au présent de l’indicatif avec le verbe être des des exemples de verbes à mémoriser.

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